Création de Pierre Jouve

La vie chaotique d’un journaliste de renom, cantalien de naissance et d’une pianiste Hongroise dans le Berlin de l’avant-guerre, témoins de l’apogée du nazisme avant de contribuer à sa chute C’est leur fils, Pierre Jouve, journaliste lui aussi mais également écrivain, peintre, photographe et réalisateur de télévision qui conte cette histoire dramatique, qui troubla son enfance, à l’occasion d’une création présentée aux Ecuries des Carmes jusqu’au 15 septembre.

Est-ce une nouvelle quête de la réalité que nous présente Pierre Jouve, ancien élève du lycée Emile Duclaux, en cet été 2019 ? Dans ses écrits, ses portraits, ses enquêtes, ses photographies, ses toiles, l’auteur et artiste montre la réalité des choses et moins les apparences. Dans ses portraits de François Mitterrand et de Jacques Chirac, dans ses enquêtes sur et autour du monde carcéral et de la Brigade criminelle, dans les photographies réalisées dans les rues de Paris « Marianne brisée », exposées en France et en Allemagne cette volonté de faire éclater la réalité est là, bien présente.
Oui, sans aucun doute, cette création de Pierre Jouve est aussi la recherche d’une vérité, bien plus proche et plus intime que celles évoquées plus haut. Elle témoigne de ses origines, des doutes qui entourent sa naissance, dans un monde qui a sombré dans la tourmente. Elle relate le drame que lui dissimulèrent ses parents et plus particulièrement celui de sa mère, enlevée, torturée, violée par des agents vichystes, ce qui la fera tomber dans une semi-folie. Tout au long de son existence, l’auteur fut victime des fantasmes, des fantômes, nourris par ces drames.
Aujourd’hui, Pierre Jouve a décidé de nous les montrer, de les rendre public au coeur même de ce Cantal qui joue un rôle si central dans cette histoire.

Ecuries des Carmes : 29 juin//15 septembre
ouverture gratuite du mardi au samedi de 14h à 18h

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Questions à Pierre Jouve :

Vos écrits, en particulier vos portraits et vos enquêtes, mais aussi vos photos montrent une quête incessante de la réalité. Est-ce que l’on peut dire que cette volonté trouve son origine dans votre enfance, dans ce sentiment que vous appelez « indistinction », véritable incertitude d’être réellement vivant?

– Ma génération, née en pleine guerre mondiale, s’interroge toujours sur une double interrogation : pourquoi avoir été conçu dans une telle époque ravagée ? Quel hasard a fait que je survive à tant de morts ? Les quelques poupées que je recrée par la photographie représentent ces derniers : elles ont l’air vivantes, elles sont mortes, nous suivent, nous les survivants. C’est effectivement ce que je dénomme l’Indistinction. Un sentiment qui se perpétue encore.

Cette enfance, vos interrogations, les « fantômes de votre comédie humaine », vous les mettez en scène cet été à Aurillac sous le titre « Berlin/Trizac, La mémoire cisaillée d’Elisabeth et Géraud ». Cette création est-elle le résultat de votre quête, un moyen de vivre avec les questions qui vous tourmentent et était-il important pour vous de les montrer dans le Cantal, un département qui fait aussi partie de votre enfance?

– J’ai eu la chance inouïe d’être l’enfant accidentel de deux personnalités extraordinaires, un cantalien pur souche, Géraud, issue de la grande misère paysanne, et d’une pianiste hongroise d’origine juive, qui choisirent la Résistance, après leur séjour mystérieux à Berlin, au sein même du régime nazi. D’où ma sensation duale d’être né aussi bien à Trizac qu’à Berlin. D’un côté ces terres fastueuses, de l’autre la capitale du mal. Dualité d’origine, dont l’une porte la menace concrète ou imaginaire. A Berlin, j’ai recherché des ombres, à Aurillac, je recherche aussi mes anciens copains du Lycée Emile Duclaux.

ECURIES DES CARMES – Du mardi au samedi de 14h à 18h – Gratuit

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